Bain (Richard Henry)

Un article de la Mémoire du Québec (2019).

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  • Né le

Le 4 septembre 2012, vers minuit, Denis Blanchette, 48 ans, un technicien de scène est abattu d'une balle qui le traverse et blesse grièvement son compagnon de travail David Courage, 27 ans ; la balle tirée d'une carabine CZ-858 par Richard Henry Bain, 62 ans, à l'entrée des artistes de la salle de spectacle Metropolis où Pauline Marois, la nouvelle première ministre du Québec, s'adressait à ses partisans. Blanchette tentait d'empêcher Bain d'entrer dans le Metropolis lorsqu'il a été abattu ; Bain, qui criait en français «Les Anglais se réveillent!» et, en anglais, «it's fucking payback time!», aurait également menacé deux autres personnes avant d'être maîtrisé par la police qui lui enleva des mains un pistolet Luger 9 mm et une carabine CZ-858 ; le forcené avait allumé un feu à l'une des portes qui donnent sur la ruelle et qui est réservée aux artistes ; il avait apparemment l'intention d'entrer et de tirer sur Pauline Marois et sur les partisans péquistes qui assistaient au premier discours de la nouvelle première ministre du Québec après son élection ; lorsque Bain s'était présenté à son bureau de vote, on lui avait refusé de voter parce qu'il avait omis d'enregistrer un changement d'adresse ; en état de rage, Bain se serait alors rendu au Métropolis. La police a trouvé 3 autres armes dans le véhicule de Bain et 22 armes dont une carabine semi-automatique .22 long riffle et un revolver magnum .357 à sa résidence de La Conception ; parmi ces armes, 21 étaient enregistrées conformément à la Loi canadienne sur les armes à feu et une arme ne l'était pas. Bain, qui a séjourné à l'hôpital après son arrestation, est accusé sous 16 chefs d'accusation dont meurtre, tentative de meurtre pour avoir pointé une arme en direction du sergent détective Stéphane Champagne de la Sûreté du Québec et d'une autre personne et de possession d'arme dans un dessein dangereux. Bain qui était le propriétaire d'un club de chasse et de pêche à La Conception, serait un bi-polaire et devait absorber des médicaments pour traiter cette maladie. Le 7 décembre 2012, il est révélé lors de son enquête préliminaire que l'arme de Bain s'était enrayée ce qui l'avait finalement empêché de faire plus de dégâts ; son avocate, Elfride Duclervil, lui demande s'il sait pourquoi il est là, il répond «Je suis ici parce que Dieu m'a donné sa vision de paix et d'harmonie. Une fois pour toutes, il y aura de l'harmonie et c'en sera fini de ce problème nationaliste qui dure depuis 45 ans. Il m'a choisi pour mener la bataille ; son avocate lui demande s'il comprend les accusations de meurtre, il répond : «Oui... les soldats de Dieu ne commettent pas de meurtre. La mort n'existe pas.»
Le juge Robert Marchi ordonne que Bain soit transféré à l'Institut Philippe-Pinel pour y subir une évaluation psychiatrique afin de déterminer s'il est apte à subir son procès.
Le 28 janvier 2013, Bain, qui a été jugé apte à subir son procès, est de retour au tribunal. Il doit répondre à 15 accusations dont celle du meurtre prémédité de Denis Blanchette et de tentative de meurtre de Dave Courage et de deux autres tentatives de meurtre touchant 13 personnes et d'incendie criminel. Bain se défend lui-même se disant trop pauvre pour se payer un avocat ; le procureur de la Couronne entend interroger 33 témoins et l'accusé compte en appeler une quarantaine.
Le 3 septembre 2013, Bain accepte de recourir à un avocat, mais il se dit trop endetté pour payer les frais d'un avocat et demande à la Couronne qu'elle lui rende son camion saisi après le drame, qui, selon lui, contient 10 000 $ de bijoux ; il voudrait vendre camion et bijoux pour obtenir l'argent comptant.
Le 23 mai 2014, Bain décide de changer d'avocat et choisit Me Marcel Guérin, un avocat de Contrecoeur pour remplacer Me Jean-Marc Tremblay.
Le 30 mai 2014 Bain renonce à faire payer ses frais d'avocat par le gouvernement du Québec.
Le 12 septembre 2014, invoquant l'absence de confiance entre lui et son client, Marcel Guérin, demande à la Cour la permission de se retirer du dossier et remet au procureur de la Couronne, une boîte pleine de documents de preuve qu'elle lui avait fourni lorsqu'il avait accepté le mandat. Guérin était le dixième avocat qui avait tenté de représenter Bain devant le tribunal depuis sa mise en accusation; Bain choisit de se représenter lui-même et en avise le juge Guy Cournoyer de façon non contestable ; Bain affirme qu'il ne peut pas préparer sa défense alors qu'il est détenu à la prison de Rivière-des-Prairies ; le juge Guy Cournoyer reconnaît à Bain le droit de demander sa libération sous caution, mais Bain ne veut plus d'avocat.
Le 24 octobre 2014, Bain indique qu'il veut faire appeler Pauline Marois comme témoin à son procès au cours duquel il assumera lui-même sa défense. Le juge Cournoyer explique à Bain ce qu'il doit faire s'il veut être libéré sous caution.
Le 28 novembre 2014, Bain affirme qu'il n'a aucun souvenir de la soirée au cours de laquelle il a tué un homme et en a blessé un autre.
Le 20 février 2015, le juge Cournoyer ordonne 60 jours de délai pour permettre au psychiatre Gilles Chamberland de procéder à l'examen de Bain.
En juin 2016, au cours du procès de Bain, une infirmière du Royal Victoria Hospital raconte que le soir du 4 septembre 2012, Bain portant menottes aux poignets et chaînes aux chevilles est amené à l'hôpital ; il se plaint d'un mal à la poitrine. Il quitte l'hôpital à 18 h 26 et se rend directement dans les environs du club-de-nuit Metropolis dans son véhicule GMC Yukon ; Blanchette a été tué vers minuit.
Le 24 août 2016, le jury déclare Bain coupable de meurtre non prémédité de Denis Blanchette et de 3 tentatives de meurtre dont celles contre le technicien Dave Courage et le policier Stéphane Champagne.
La défense de Bain est qu'il souffrait d'une maladie mentale le soir de la tragédie et pendant son procès tenu l'été 2016 ; le jury avait à choisir entre deux verdicts : Bain a exécuté un meurtre planifié et prémédité ce qui entraîne un verdict de culpabilité ou, il n'était pas criminellement responsable de ses actes ce soir là.
Mais le jury reconnut Bain coupable de meurtre non prémédité et de trois tentatives de meurtre ; cette décision impliquait que le jury croyait que même si Bain avait l'intention de tuer quelqu'un, ses actions n'étaient pas planifiées ni délibérées.
Le 9 septembre 2016, Bain présente ses excuses qu'il dit les plus sincères à la suite des arguments présentés par la Couronne sur la sentence à lui être imposée. La Couronne demande l'emprisonnement à perpétuité. Marie-Frédérique Allard, la psychiâtre qui a évalué Bain a conclu que Bain «have been delusional at the time of the shooting from an un-diagnosed bipolar disorder»
Le 18 novembre 2016, le juge Guy Cournoyer condamne Bain à l'emprisonnement à perpétuité sans possibilité de libération conditionnelle avant d'avoir purgé 20 ans de sa peine derrière les barreaux. En imposant un minimum de 20 ans d'incarcération avant de pouvoir demander une libération conditionnelle, le juge Cournoyer a écrit dans sa décision : «No court of law can condone the use of violence, especially with firearms to suppress the freedom of speech and expression of anyone, no matter what political party or opinion is involve».
En avril 2018, Bain demande un révision du minimum de temps qu'il doit passer en prison avant de pouvoir demander une libération conditionnelle ; son avocat prétend qu'il a été condamné comme s'il s'agissait d'un acte de terrorisme ; il invoque le cas du caporal Denis Lortie qui avait abattu trois personnes et en avait blessé 13 autres à l'Assemblée nationale en 1984 et avait été condamné à perpétuité avec un minimum de 13 ans à purger en prison. Le procureur de Bain allègue que le juge Guy Cournoyer a commis une erreur cruciale en rendant sa sentence; selon ce procureur, le juge Cournoyer aurait dû s'aligner sur le cas du caporal Lortie. (Le Journal de Montréal, 14 avril 2018, page 9).
Le 9 mai 2018, la Cour d'appel du Québec déclare que la cause de Bain sera entendue par un banc de cinq juges à la demande du procureur de la Couronne, Me Dennis Galiatsatos qui indique que cette demande est faite parce que la Cour devra réviser trois de ses propres précédents.

Nota :

Entre 2000 et septembre 2012, Bain avait enregistré 22 armes à feu (dont 10 carabines CZ858) pour s'en servir au tir à la cible ; ces permis étaient valides jusqu'en 2015, alors que son permis de transport d'armes à feu avait expiré le 31 décembre 2011. (The Gazette, cahier City, 30 juin 2016, page A12).
La carabine CZ-858 (Ceska Zbrojovka, la version tchèque de la carabine russe AK-47) est une arme importée au Canada à partir de 2005 alors que l'AK-47 était incluse dans la liste des armes prohibées au Canada ; sa portée est de 2,5 km et son coût est de 695 $ ; elle peut être livrée à toute personne qui possède une licence de possession et d'acquisition d'une arme.





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